mercredi 9 novembre 2011

Lorsque je me suis coincée le pied dans un piège à ours (ou le Coup de Foudre)

C’était un soir d’automne, un vrai, avec des feuilles qui tombent, du vent froid et l’envie de rester chez vous. Un 20 octobre en bas de laine.  Coup de téléphone.  On me propose le Studio P, Dévadé, un texte de Réjean Ducharme apprivoisé et mis en scène sous forme de lecture théâtrale par Marianne Marceau.  Tout ça dans le cadre de la deuxième édition du festival littéraire Québec en toutes lettres qui fait hommage à Réjean Ducharme,  Rock Laplante, l’écrivain fantôme, appelez le comme vous voulez.   L’équipe de L’Institut Canadien de Québec et ses partenaires avaient décidé cette année de fêter en l’honneur du talentueux auteur, dramaturge, scénariste et sculpteur québécois.

 Exit la doudou.  J’entre dans un Studio P tamisé et rempli au rebord. Ça parle, ça se questionne.  Les lumières se ferment.  Projecteur.  Sur la scène deux hommes, Fabien Cloutier et Guillaume Perreault, et trois femmes, Sylvie Cantin, Véronique Côté et Laurie-Ève Gagnon, tous assis sur de grands bancs sauf une, en chaise roulante.  À gauche de la scène un guitariste, Frédéric Brunet.



Dévadé, c’est l’histoire de Bottom et des autres Juba, Bruno, la Patronne et la voisine.  Durant l’hiver, à Montréal, on ne sait pas exactement quand.  C’est l’engouffrement de Bottom dans sa vie-poubelle, dans son amour pour Juba qui ne l’aime pas, dans son rôle auprès de sa Patronne.  Il saute à pied joint dans sa vie, malgré tout.  Il le sait, mais continue de se détruire.  Dévadé, c’est un texte de Réjean Ducharme avec sa langue colorée et crasseuse et sa poésie touchante jouée par des acteurs excellents et mise en scène par Marianne Marceau avec finesse.



La lecture se finie, j’ai les yeux baignés de larmes, je souris.  Le projet de Marceau a porté fruit, elle a rendu hommage au texte avec justesse et a ainsi partagé un peu de la folie de Ducharme à travers un texte extrêmement beau.  Les acteurs ont campé leur rôle.  Ils étaient sans faille.  Ils reflétaient le mal de vivre, le questionnement, l’amour.  Pour la presque heure que ça a duré, j’ai vu défilé devant moi la vie de Bottom et des gens qui parsèment son parcours.  Et la musique du bachelier Frédéric Brunet était à point.  Tout était en place pour nous faire entrer dans l’univers de Ducharme et nous y prendre.  J’étais amoureuse. De Ducharme, de Marceau, du Studio P, de Bottom. Et c’est là que c’est arrivé, quand je m’y attendais le moins, je me suis coincée le pied dans le piège à ours de la littérature, dans les crocs de Réjean Ducharme.