lundi 31 octobre 2011

Service offert aux vieux seulement


Il n’y a pas si longtemps, c’était la fête d’un ami.  Alors on s’est dit : " Quoi de mieux que de la bonne bière accompagnée de bons burgers?" Donc direction Chez Victor, rue Saint-Jean, l’antre du burger gourmet, de l’œuvre d’art en bouche. "Chez Victor, des hamburgers, c’est vrai, mais quels hamburgers! Ce petit resto en a fait un art copieux, juteux, divertissant et abondamment garni de tout ce que vous aimez", clame le publicitaire engagé par ce cher Victor!  Une réservation pour un fêté plus tard, nous sommes tous au rendez-vous vers 19h.  Plusieurs minutes s’écoulent avant d’être assis, un serveur arrogant, plusieurs quarts d’heure avant d’être servis, une nouvelle serveuse qui met tous les plats dans le centre, du genre on joue à "Qui fouille le plus dans le burger de l’autre pour trouver la sorte", sauf que là il n’y a pas d’animateur, des noyaux dans les olives, des burgers froids et des erreurs dans les commandes omises par les cuistots qu’aucun des membres du personnel, du laveur de patates frites au gérant de burgers, ne veut remplacer sans faire payer.  Bref, un mauvais service. Mais bien au-delà de tout ce mauvais service, qui nous a tout compte fait rire, surtout après quelques bières, c’est la mine de tous les autres clients qui m’enrageait…
ils étaient heureux. 
Eux, avait eu un bon service.
Eux, n’avait pas de noyaux. 
Eux, n’avait pas la place sur le bord des chiottes. 
Eux, étaient tous quadragénaire, touristes à la tête blanche, jeunes hommes et femmes d’affaire branchés et banlieusards venant ingurgiter un de ces burgers en ville.
Et là, la fameuse question me frôle, m’habite et m’assomme : "Avions-nous droit à un service aussi minable à cause de nos têtes de 18 ans et trois quarts? "
Oui.
Bang.
Évidemment. Notre traitement de deux de piques était du à notre âge, à notre tête mal coiffée, à nos vêtements dépareillés.  Je ne critique pas le Victor, je critique les vieux.  Les vieux vieux et les vieux jeunes. Dans la tranche de 28 à 99 ans.  Je crie au meurtre de la jeunesse libre lorsqu’une Môdame de 45 ans me demande mon siège en avant alors que le bus est vide et que, moi, je suis chargée comme un âne.  Je flagelle l’étroitesse d’esprit du bonhomme qui associe des jeans troués à notre matière grise lorsque tu parles et il te répond que "t’es ben cute, mais t’es pas encore en mesure de comprendre ça’’.  Et je frappe l’arrogance de ces bons vieux travailleurs de ce bon vieux Victor (qui fait fichtrement bien des burgers, soit dit-en passant) qui ont snobé notre face pas de rides, nos cheveux pas blancs et notre portefeuille pas encore assez remplie pour commander trois bouteilles de vins en mangeant.  Je crois en le respect mutuel peu importe l’âge, le respect de la différence, le respect.
Le respect.
Et bien agira en jeune, celui qui sera traiter ainsi le dernier. Pas une cenne de pourboire.  Immature? Non. Je n’ai peut-être pas encore le droit à 18 ans et trois quarts d’avoir mon burger chaud, mais je peux au moins choisir à qui je donne du pourboire puiser de mon fond limité Desjardins.
Anyway, le barman du Sacrilège en a eu plus.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire